« L’Homme Blessé » – Patrice Chéreau (1983)

homme-blessé

Accompagnant en gare le départ de sa sœur avec sa famille, le jeune Henri est foudroyé de passion en croisant Jean, un homme plus âgé… La poursuite de ce dernier l’entraîne dans un univers où se joue prostitution et extorsion.

Devant l’accumulation de plans américains dans lesquels s’agite « l’intensité » des compositions d’acteurs, j’ai eu un peu de mal à sélectionner des captures d’écrans intéressante pour illustrer cette note ! Je m’aperçois que cela fait plusieurs années que je n’avais pas repris contact avec le cinéma de Chéreau, que j’avais pas mal oublié, et sur ce film esthétiquement peu passionnant, on ne peut pas dire que le visionnage ait ranimé beaucoup d’envie, même si j’avais un plutôt bon souvenir de La Reine Margot, Ceux qui m’aiment prendront le train ou Intimité. J’ai assez peur de les revoir aujourd’hui… Il faut bien avouer que L’Homme Blessé raconte sa passion / fascination, en forme d’errance survoltée, sans que la mise en scène n’arrive véritablement à épouser l’énergie de l’ensemble, entre décors de halls de gare, fêtes foraines, appartements sinistres et vieille demeure de luxe lugubre…

Tout cela évoque un décorum de bas-fond devenu assez stéréotypé, où se défoule un Eros et Thanatos qui s’avère assez unidimensionnel, même si l’énergie et la franchise adoptée par le film a pu être audacieuse à sa sortie. J’ai un peu de mal à me focaliser sur l’aspect sociologique pour diminuer le manque d’intérêt pris, même si le film semble avoir eu son importance juste avant l’apparition du Sida. En fait, sans vouloir opérer un rapprochement facile du fait de son dernier film, je suis surtout tenté de rapprocher un peu ce cinéma de celui de Kechiche dans cette fièvre maintenue un peu sous artifice…

De fait aussi,  l’intérêt de cet Homme Blessé aujourd’hui repose essentiellement sur sa direction d’acteurs, et tout particulièrement ici dans ce que Chéreau offre à voir d’un Jean-Hugues Anglade qui s’avèrera ne plus jamais être aussi puissant et fragile par la suite. Ce dernier apporte un étonnant et constant regard enfantin, qui tranche violemment avec la spirale dans laquelle son personnage se laisse entrainer, incarnant parfaitement l’adolescent tragique au corps quasi adulte (l’acteur paraît légèrement plus âgé qu’il ne faut, et c’est parfait).  Il y a d’ailleurs, dans cette logique antinomiste entre le visage et les mouvements adoptés par l’acteur, une certaine monotonie dans la description du parcours obsessif, jusqu’à la scène finale un peu trop attendue qui se voudrait si cathartique… ce pourrait être terriblement ennuyeux, mais c’est  aussi ce qui permet de conserver un certain magnétisme au film aujourd’hui. Bien plus que la création d’une atmosphère, le chef opérateur Renato Berta ne se révélant pas toujours inspiré pour certaines séquences, pourtant à forts potentiels au niveau des environnements traversés.

Je suis moins convaincu par Vittorio Mezzogiorno, pas aidé il est vrai par le doublage peu approprié de Gérard Depardieu, qui ne correspond pas tellement à l’expressivité et à la gestuelle de l’acteur italien, même si une certaine antinomie là aussi est finalement à l’œuvre…. Quant aux seconds rôles, Roland Bertin et Armin Mueller Stahl, ils font plus figure d’archétypes littéraires à l’écriture assez vieillotte, même si d’un autre côté, la scène clé autour de Claude Berri s’avère encore particulièrement directe et efficace.

(Captures : DVD Studio Canal)

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