« Sans Témoins (Bez svideteley) » – Nikita Mikhalkov (1983)

sanstémoins

Dans ce même appartement, un homme vient régulièrement visiter la femme qu’il a abandonnée avec enfant depuis neuf ans, pour une vie et une famille plus ambitieuse. Mais cette nuit-là ne sera pas comme les 3275 autres.

Nikita Mikhalkov est un cinéaste que je n’ai connu que par deux films tardifs moyennement appréciés il y a des années, Le Barbier de Sibérie et Soleil Trompeur. Avec ces souvenirs lointains, et même sans connaître sa filmographie des années 70 et 80, il n’en reste pas moins que Sans Témoins apparaît comme un film à l’ambition singulière : cette adaptation d’une pièce de théâtre de Sofya Prokofeva, devait se rejouer au même moment que la sortie, avec les deux mêmes comédiens (ce ne sera finalement pas le cas, du fait de l’existence du long-métrage qui aura pris le pas). C’est aussi un exercice cloîtré qui tient presque du défi narratif et conceptuel. Accepté et assumé dans sa totalité, le dispositif théâtral tente de se fondre avec le cinéma, et il faut bien dire que Mikhalkov réussit son coup : celui de rendre l’accusation de théâtralité totalement veine en explorant ici la puissance de ses artifices sans complexes, et en l’intégrant à une mise en scène qui se veut d’un seul tenant sans pour autant s’en remettre à la seule fascination du plan-séquence.

La configuration des décors de studio, les apartés en regard caméra et les nombreux inserts s’enchaînent avec une impressionnante maîtrise, jusqu’à transformer l’ensemble en un bel opéra psychique, qui n’a plus à rougir des trains opportuns qui viennent faire trembler ses murs. La lumière de Pavel Lebeshev aide aussi beaucoup au dynamisme narratif d’un film en forme d’aquarium géant, qui pourrait à ce titre être vite étouffant. Mais sans se retourner ni trop s’attarder, Mikhalkov parvient à ce que sa bulle de verre prenne forme d’un seul souffle, s’appuyant notamment sur ce personnage du fils absent, existant en permanence au travers de photos, objets, vêtements. Tour à tour idée abstraite ou émotionnelle, il ne laisse jamais seul ce couple destructeur dont la relation même s’extériorise. La séquence du squelette piégé sur fond de Joe Dassin apporte même une trivialité assez heureuse.

Il faut reconnaître que le texte originel n’est pas exempt de logorrhées excessives, notamment sur le plan de la satire sociale, et dans cette médiocrité qui vire à la pitié concernant le personnage masculin. Le comédien Mikhail Ulyanov ne cherche pas à atténuer cet aspect, dont le spectateur pourra se défier, mais la finalité de ce discours paranoïaque effrayant dégage aussi une certaine puissance et une confrontation à l’imposture intéressante à voir à l’œuvre dans ce crépuscule soviétique. Je n’oserai pas la comparaison avec la personnalité renvoyée par les médias du réalisateur, mais à voir si la piste est intéressante!

(captures : DVD Potemkine)

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