« Yentl » – Barbra Streisand (1983)

yentl

Souhaitant poursuivre son apprentissage (en secret) de la Torah, Yentl fuit son petit village polonais à la mort de son père, et prend les habits d’homme pour intégrer une yeshiva. Elle se lie alors avec l’un des étudiants les plus brillants, Avigdor.

Avec Liza Minnelli, Barbra Streisand est un peu le symbole du film musical décadent à Hollywood, et Yentl, sa première réalisation qui n’intervient donc qu’en cette année 1983 (elle en est également la productrice et scénariste), apparaît encore plus tardif dans le genre, succédant par exemple à une catastrophe artistique comme Annie de John Huston. D’abord envisagé en 1968, le film est néanmoins le fruit d’une bataille dans ce genre en crise, Streisand finissant après bien des difficultés par mener l’ensemble de A à Z, notamment pour s’imposer dans le premier rôle contre ceux qui la trouvait déjà trop âgée.

Au-regard de ce contexte, je dois avouer que le film est presque une “bonne surprise”. D’une durée assez courte (2h08 quand même), il est plutôt bien rythmé et joue sur un ton naïf et léger difficile à accabler totalement. Un aspect qui fait passer la pilule de passages chantés tartignoles, clairement l’un des aspects les plus ratés, à mettre sur le compte de la néo-réalisatrice qui semble foncer dans le tas pour intégrer au récit ces interludes. Intrinsèquement, ces apartés sont très faibles, empêchant en permanence l’œuvre de décoller. Le film est comme encombré par le surgissement de la musique. Si Streisand bénéficie d’une équipe technique assez classieuse (David Watkin à la lumière et Peter MacDonald à la caméra), pour une direction artistique au final loin d’être honteuse, rien ne peut empécher la maladresse ou le conformisme global de dominer. Michel Legrand, notamment, est utilisé dans ce qu’il peut apporter de plus convenu à l’inspiration Broadway.

Yentl, très prudent et prenant bien peu de risque, a au moins le mérite de ne jamais virer au pensum pour narrer son émancipation féminine par la conquête intellectuelle et théologique. Dans son adaptation d’Isaac Bashevis Singer, la réalisatrice ne joue principalement d’ailleurs véritablement que sur ce seul point au regard du registre progressif (vu comme une simple réinterprétation des textes religieux d’ailleurs), Streisand laissant par ailleurs flotter une fascination pour la figure du père hanter l’ensemble , que ce soit par l’une des chansons phares ou via le grossier carton du générique de fin. La fuite idéaliste dans le rêve américain pour asseoir cette indépendance et cette « réforme » de soi-même pourra également faire sourire, se raccrochant à une simple success story qui peut être celle de la star du film.

Concernant le récit de travestissement, Streisand peut se servir des ressources toujours bénéfiques en tension de cette figure (pour laquelle le cinéma semble être fait), mais on ne peut pas dire qu’elle fasse vraiment dans l’ambigüité (provocante ou non), jouant essentiellement du malentendu auprès de ses partenaires (le très bon Mandy Patinkin ou Amy Irving), et sur le registre de la comédie triangulaire à la limite du boulevard. Yentl / Ashev ne se retrouve à vraie dire bousculée qu’au sein de son hétérosexualité corsetée. Il ne faut pas en attendre plus, mais ça peut donner néanmoins quelques passages qui survolent l’ensemble, comme lors de cette scène centrale de baignade “interdite”.

(captures : DVD MGM)

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