Notes rapides sur quelques films vus (Kurosawa, Akerman, Hänsel, HSS)

autre rive

Vers l’autre rive continue d’une certaine manière d’explorer les limbes après Shokuzai et Real, poursuivant une esthétique neutralisée entre télé et cinéma, qui à priori pourrait correspondre aussi à une partie de ses thématiques, toujours en “entre-deux”. Le cinéaste n’a d’ailleurs pas attendu le numérique pour cela, notamment avec Séance, déjà produit pour la télévision… Je dois confesser que hormis Cure et Tokyo Sonata, ce que j’ai pu voir de la filmographie de Kiyoshi Kurosawa me laisse globalement de marbre. Si je ne suis pas spécialement fou de la figure du fantômes japonais non plus, la porosité entre réel et surnaturel m’offrait pourtant à minima un semblant d’intérêt chez le réalisateur. Mais cette fois la la mise en scène m’a paru plus que d’habitude prisonnière d’une théâtralité fatigante, qui tend au lénifiant. J’ai eu du mal à comprendre l’intérêt de cette confrontation à épisodes qui peine à décoller, (re)construisant par différentes couches ses personnages et la relation de couple jusqu’à un accouchement psychologique et émotionnel qui reste attendu. Si ce n’est de rares exceptions, le film m’a globalement insupporté par ce qu’il fait de l’image numérique et de son scope très mou. Ennui profond

La Captive

Arte a rendu hommage à Chantal Akerman avec un film de son catalogue, La Captive, et je ne sais pas si c’était le meilleur moyen pour moi de repartir à la découverte d’une cinéaste dont je n’ai que de vagues souvenirs de Golden Eighties et Un divan à New-York, sans doute peu représentatifs. J’attendrai encore de voir enfin Jeanne Dielman pour me prononcer, car cette version de La Prisonnière de Proust n’a suscité en moi qu’un ennui mortifère, souvent complaisant dans son lyrisme inversé. L’usage anachronique des dialogues et de la scénographie impose au spectateur un dispositif qui s’avère finalement très limité, dont il sera lui-même le prisonnier, étirant les unités de lieu comme d’interminables couloirs, de la Place Vendôme jusqu’à Deauville (tant qu’à faire). Stanislas Mehrar campe une figure pour le moins unidimensionnelle dans sa fascination à vouloir saisir “le secret” du féminin, terrorisé par l’homosexualité supposée de sa partenaire qui lui échapperait. Le héros dégage un autoritarisme terrifiant et rampant derrière son visage d’ange, tout en errant tel un ectoplasme (ne s’incarnant finalement que lors des derniers plans du film, les plus réussis). Peut-être que se “cache” ici la force supposée de l’œuvre, dans cette description peu confortable de sa relation homme/femme, sans tomber dans la séduction romanesque .. Mais ça ne m’empêchera pas de penser que les moyens adoptés n’aboutissent qu’à un résultat assommant et terne, délivrant un film qui vit mal son uniformité. Et semble aussi être resté trop « prisonnier » de son projet.

tendresse

Toujours sur Arte, on a eu le droit ce mois-ci à La Tendresse signé Marion Hänsel, dont le précédent film, Noir Océan (périple autour des essais nucléaires dans le Pacifique) était souvent intriguant même si globalement raté. C’est rebelote avec ce postulat, qui semble le même que celui utilisé dans le récent Eyjafjallajökull avec Dany Boon : un couple divorcé sur la route pour aller chercher leur fils qui s’est cassé une jambe au ski. On a le sentiment que la réalisatrice a cherché à orienter toutes ses scènes comme une illustration de son émotion-titre, sous-jouant la dramaturgie et le potentiel comique des situations, les esquivant au profit d’une esquisse de film qui a le mérite d’éviter à cette tendresse de dégouliner. Mais passé quelques moments étranges dans la station de ski et entre les deux ex, en 1h18 il faut tout le talent de l’excellente Marilyne Canto pour être indulgent avec ce qui finit par ressembler surtout à un petit téléfilm boiteux. La petitesse et la douceur de l’ensemble la rend plus attrayante que pas mal de productions françaises commerciales ayant vu le jour autour des mêmes thèmes, mais bon…

right now 2

Pour en finir avec la tiédeur, rien de mieux qu’un Hong Sang-soo. Justement Right Now, Wrong Then est peut-être l’un des films les plus aboutis du cinéaste. Au-delà d’un plaisir personnel et peut-être aveuglant de découvrir ce film à Séoul, il se distingue pour moi des toutes dernières œuvres d’HSS en renouant clairement avec le film en deux parties, bien que le second segment n’ait finalement rien à voir avec ce que l’on a dans La Vierge Mise à nue par ses prétendants ou Conte de Cinéma, voir dans les secondes parties très franches de Turning Gate, Woman on the Beach ou Les Femmes de mes amis. C’est encore moins une version extra-large des nouvelles d’Oki’s Movie et In Another Country”. En fait la tentative ici (retourner une seconde fois le film, après avoir montré sa première version à ses acteurs) apparaît surtout  comme un aboutissement de l’une des grandes questions de ce cinéma : peut-on se passer d’illusions, et tenter une approche foncièrement “honnête” (dans la séduction au sein de ses récits, mais plus globalement dans l’interaction voir le rapport que l’on a à soi-même) ? Cette fois, Hong ne déduit pas cette possibilité (utopique?) des échecs ou des recherches inégales de ses personnages : il s’offre la possibilité d’aborder cette version de front de A à Z  (même si elle n’aidera pas forcément plus à la “consommation” de la relation décrite), après nous avoir proposé pendant une heure un pure prototype de son cinéma (mais attention, ce n’est pas péjoratif quand je dis ça!). De là vient aussi comme une intégration très facile et naturelle de dérives émotionnelles rarement vues à ce niveau chez lui, poussant jusqu’à un final qui se révèlera pas loin du mélodrame. Right Now, Wrong Then offre à son spectateur, plus qu’aucun autre film de HSS, de faire une mise au point au sortir de la projection sur sa propre prise directe au monde, ses propres “zooms” et choix dans les possibles (même si comme ici par exemple, une impossibilité de “gain” s’impose en dépit du choix moral). Outre les attitudes de son personnage, Hong expose lui-même en toute clarté, et générosité j’ai envie de dire, différentes options de cinéma  (un angle changeant dans la première rencontre, un tableau qui devient hors-champs…), comme pour de plus en plus donner toutes les clés à un spectateur qui le reste de moins en moins. Pas de déconstruction ni de décryptage, de cynisme ou de mélancolie excessive dans le langage qui piège. Au contraire, ici on doit s’en sortir. J’ai déjà dis à quel point je trouve une dimension presque thérapeutique à ce cinéma, et ce qui s’avèrera peut-être le chef d’œuvre jusqu’ici de sa “seconde période” ne me fait que confirmer cette impression.

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