« Les 3 visages de la Peur » – Mario Bava

3visages

C’est un cliché : dans les films à sketch, on a souvent son préféré… et si les producteurs et le monteur sont vaguement intelligents, ce dernier se situe le plus souvent en conclusion. En ce sens Les 3 visages de la peur (dans son montage originel) ne m’a pas surpris : son meilleur segment est le dernier. La goutte d’eau, adapté de Tchekhov, possède en effet un motif suffisamment ramassé pour que le cinéaste puisse aller à l’essentiel de son angoisse de la punition, ainsi que dans la chute narquoise. Le « minéral » du vol de bijou et de la culpabilité « en gouttelettes » s’allie parfaitement aux flamboyances de la mise en scène. C’est un sketch également très efficace dans sa représentation du revenant, Bava  jouant d’un cadavre mémorable et des figures du masque et du pantin de manière détournée. La violence et le regard très dur porté sur l’humain s’impose avec tranchant.

On aimerait trouverdes qualités similaires au millimétré Téléphone (inspiré de Maupassant ? il semblerait que non) qui ouvre à sa manière le film au scalpel.  Mais malgré la beauté de Michelle Mercier, l’astuce ironique finale est un peu trop démonstrative,  ainsi que sa représentation agaçante et désuète du personnage homosexuel. Bref après une entrée en matière captivante via la mise en scène, le tout laisse un peu dubitatif.

Au milieu, Bava nous propose Les Wurdalaks, un plus grand segment assez ambitieux qui n’a presque rien à voir finalement avec les deux autres exercices, et va s’aventurer sur les terres de Tolstoï pour une représentation russe du mythe vampirique. Sa mise en place atmosphérique est plastiquement très impressionnante, mais si cette histoire dispose d’éclairs stylistiques parfois à tomber, elle souffre de sa lancinante et progressive pesanteur. L’ensemble des personnages paraissent de simples marionnettes dans les mains du réalisateur. La transmutation familiale à l’œuvre était pourtant potentiellement passionnante, mais très vite elle s’en remet à un grotesque assez facile qui tue sa potentielle beauté (voir notamment le traitement de la figure de l’enfant), ce qu’un éternel Boris Karloff souvent en roue libre n’arrange pas.

Karloff, qui est aussi le Mr Loyal du programme (dans une intro au technicolor bien flashy) revient d’ailleurs, dans ce même rôle du 2ème sketch,pour un épilogue d’illusionniste rigolard , où le spectre d’un meta-cinema à la main lourde ne va pas me permettre, une nouvelle fois, d’être vraiment conquis par le réalisateur.

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