« Satan mon Amour » – Paul Wendkos

mephisto

Aka The Mephisto Waltz

« Satan mon amour vaut surtout par la façon dont Wendkos mélange les codes du film de possession et l’esthétique faussement chatoyante du soap-opéra » écrit Jean-Baptiste Thoret sur la jaquette du DVD Wild Side. Ce n’est pas faux, mais à l’instar d’un film comme Les femmes de Stepford, on peut se demander si l’œuvre n’est pas tout simplement marquée par l’expérience télévisuelle du réalisateur. L’étrangeté vient peut-être du fait que cette esthétique familière se mêle ici à quelques éléments désuets dans la photographie (la mise en valeur des regards de ses actrices) ou à quelques tentatives pas toujours bienheureuses de se caler sur certains canons de la période : les nombreux jeux de focales amusants mais  hasardeux du film sont là pour en témoigner, laissant à penser qu’il manque ici clairement la rigueur, par exemple, d’un Frankenheimer.

Pour parler de Frankenheimer justement on songera souvent à Seconds dans ce récit qui, plutôt qu’à la vogue sataniste de l’époque et à son exploration renouvelée du puritanisme, renvoie à un désir très viscéral pour l’immortalité et la transfiguration. La figure du Diable est moins importante que l’idée abstraite du pacte, même quasiment informel ici entre l’homme talentueux qui s’épuise, et le frustré aux capacités non exploitées.

Le fantastique reste finalement en retrait derrière ces décors bien connus de grandes villas qui évoque il est vrai d’anciennes après-midi de M6. Il intervient parfois seulement par petites touches, comme avec cette idée simple de la tache bleue sur un front ou dans ces fausses scènes oniriques (aussi gênantes qu’agréables!). La grande révélation diabolique reste hors champs dans la dernière partie, et sa simplicité est finalement suffisante. Ce qui importe ici, c’est l’invisible plus que l’horreur graphique, d’autant que la musique de Jerry Goldsmith suffirait amplement à la suggestion.

Le film vire à la pure histoire d’amour quand cette transfiguration devient la reconquête confuse d’un homme par sa femme. Le périple entrepris par le personnage de Jacqueline Bisset reste à ce titre ambigu, on observe son déchirement entre la perte de ses repères, voir le sacrifice de sa propre fille, et la montée en puissance soudaine de son époux et le goût qu’elle peut aussi y prendre. Amour et Haine d’un seul tenant.

Satan mon amour n’est pas vraiment un film qui marque par sa dimension stylistique, mais le scénario de Ben Maddow est vraiment intéressant. Et le relatif anonymat ainsi que les ratés expérimentaux de son metteur en scène offrent finalement la possibilité à cette histoire de s’épanouir à sa manière. On retiendra ainsi notamment cette scène de fête, brouillonne mais assez démente, du premier acte (avec cette figure hallucinée d’homme chien !), la discrétion étrange de l’interprétation d’Alan Alda, ces logorrhées occultes en français… et un final assez émouvant. Un film dédiabolisant dans son traitement en somme, et ancré peut-être par accident dans un certain réalisme.

captures : DVD Wild Side

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s