« Law and Order » – saisons 4,5,6 (1993-1996)

aftershock

J’ai pu revenir à l’époque via Culturopoing sur les saisons 1,2,3 de ce qui était encore en français “New York District”. Les saisons 4, 5 et 6, même si elles représentent sans doute le pic en qualité de la série et l’apogée de son fonctionnement si singulier, de sa rythmique, ne sont hélas pas disponibles en DVD en France, en raison du peu de succès rencontrées sur ce support par les saisons précédentes. De fait, après une diffusion chaotique sur France 3, il est à déplorer que les meilleurs épisodes de cette série ne se soient ensuite contentés que du câble. TF1 et la TNT ne l’ont reprise qu’en saison 7.

En retenant ces trois saisons comme une trilogie, on fait fi du grand chambardement de personnages d’une année sur l’autre pour se concentrer avant tout sur les trois années où le show a vu évoluer le personnage d’assistante du procureur Claire Kincaid (Jill Hennessy). La perspective est intéressante, car tandis que le gros du casting qui assurera les meilleures audiences de la série s’installe progressivement (le génial Jerry Orbach définitivement, S. Epatha Masterson en emblématique commissaire, Sam Waterston comme procureur), on assiste à la mise à l’épreuve sur ces trois années d’un personnage progressiste et idéaliste qui ne va pas tenir le rythme de la mécanique judiciaire retranscrite par Dick Wolf et ses scénaristes.

Sa sortie de route cruelle à la fin de la saison 6, alors même que le personnage songe à démissionner, reste l’un des plus émouvants de tout Law and Order. Et aucune de ses remplaçantes n’aura finalement la part d’innocence énergique conservée par Kincaid. Comme pour compléter cette dimension, son prédécesseur, Paul Robinette revient en saison 6 (épisode “Custody” réalisé par Constantin Makris) en avocat de la défense : sans illusions désormais, ce dernier officie dans des plaidoiries axées sur la question raciale, tentant le tout pour le tout.

La qualité de ce segment vient aussi du fait que le dernier épisode de la saison 6, Aftershock (réalisé par Martha Mitchell) n’a pas volé sa réputation. Allant à contrario du rituel habituel d’un épisode de Law and Order, et de cette règle des personnages pris dans leur unique vie professionnelle, Aftershock suit les répercussions psychologiques laissées par le spectacle d’une exécution létale sur chacun des personnages principaux, en privé. Plus jamais la série mère ne se permettra une telle parenthèse. J’invite à lire cette intéressante analyse en anglais, présentant Aftershock comme un épisode en miroir de la mécanique Law and Order. En ajoutant que ce n’est pas le seul segment  à questionner la peine capitale dans les saisons 5 et 6..

La sortie de route mélancolique de Ben Stone en fin de saison 4 est également très réussie. Je reste attaché à ce premier substitut du procureur interprété par Michael Moriarty, face au virtuose et canaille Jack McCoy, plus populaire mais qui va tout de même s’assagir à la suite de ses deux premières saisons (les scénaristes laissant sous-entendre une liaison de McCoy avec le personnage de Claire Kincaid, on peut y voir un impact ). Une fois encore, Law and Order est fascinant dans ce caractère familier et procédural (Martin Winckler évoquait Mission : Impossible!) soumis à l’incertitude et aux grandes manœuvres : la répétition apparente du même motif enquête / poursuite est toujours soumise à un grain de sable, à un système juridique que l’on peut tordre à plusieurs niveaux. Les sujets sont très souvent abordés avec précision, et sur ces trois saisons, les épisodes vraiment faciles ne se comptent vraiment que sur les doigts d’une main (pour en citer un qui soit vraiment insipide, on prendra Doubles réalisé par Ed Sherin en saison 4, autour de l’ agression d’une jeune tenniwoman).

L’épisode Mayhem de la saison 4 (réalisé par James Quinn) est un autre segment très atypique, puisque l’on assiste à une succession discontinue de crimes, dont certains irrésolus, dans une seule et même journée, avec un final là encore cruel et déprimant. Dans Blue Bamboo (saison 5, réalisé par Don Scardino), on retrouve l’excellente Laura Linney en wasp colombe au cœur d’une intrigue reflétant le rapport trouble des USA au Japon à cette époque, et l’ensemble vaut nettement mieux que tous les Blackrain et Soleil Levant du monde… Pride, réalisé par Ed Sherin et dernier épisode de la série mère pour Chris Noth (son personnage de Mike Logan est évacué de manière très sèche aussi), s’inspire quand à lui de l’assassinat d’Harvey Milk en le transposant à la politique US et à l’homophobie des années 90. Si on apprécie le personnage de Mike Logan, il faut en outre se jeter sur l’excellent épisode Bad Faith de cette saison 5 (réalisé par Dann Florek), révélant plusieurs éléments sur le passé du personnage en prime d’une enquête crapoteuse.

Mal aimée aujourd’hui, dans un univers scénaristique télévisuel où les personnages se doivent des véhiculer des arcs narratifs puissants, Law and Order est définitivement à redécouvrir autrement que comme un bouche-trou des chaînes de la TNT : sur cette période, il y a de nombreux bijoux. La saison 6 voit aussi le toute premier cross-over, ici avec la série Homicide. Dick Wolf en abusera par la suite, mais ça fait partie du charme de son univers tentaculaire.

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3 réflexions sur “« Law and Order » – saisons 4,5,6 (1993-1996)

  1. Tu as vu le spin-off, « Special Victim Unit » ? Je le découvre au boulot, ces jours-ci : je n’ai pas vu « Law and order », je ne sais donc pas si ça y ressemble (je vois qu’il a plus de succès à la TV française que la série originale, ce n’est peut-être pas bon signe…).

    Je suis intrigué pour le moment, sans trop savoir quoi en penser. J’étais au départ assez circonspect devant le côté très générique des épisodes, et surpris par l’anachronisme formel et narratif (j’aurais juré, avant d’apprendre la date, regarder une série des années 90 : il y a cette sorte de sérénité pré-11 septembre, de certitude morale, qui est frappante). Puis je me suis retrouvé très accroché, en fait, à la fois par le plaisir simple de voir une série filmer des persos au travail, sans profaner la pudeur de leurs maigres rapports affectifs, et aussi par ce charme suranné, justement.

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  2. Oui j’ai eu l’occasion de suivre plusieurs saisons de Special Victims Unit, même si très parcimonieusement pour les cinq dernières, que je trouve moins intéressantes. La série s’est un peu plus ancrée sur les personnages principaux malgré tout que la série « mère », même si elle garde sa logique « procédurale » (on peut entendre le terme dramatiquement), et effectivement cet intérêt à décrire le « travail » pour le coup d’une manière très pragmatique. De par sa spécialisation, elle est cependant plus ancrée dans la psychologie, certains débordements. je pense qu’elle a su conserver une bonne part de la rigueur de la série originelle, tout en donnant au public un peu plus de ce qu’il souhaite depuis 15 ans en feuilletonnesque dans le destin des héros, ou dans la psychologie retord, le goût du chausse-trappe. Ce n’est sans doute pas pour rien si elle demeure l’unique survivante!

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  3. Ah, la série d’origine est finie ? Oui effectivement, on suit des persos et leurs histoires, mais ça reste une sorte de bruit de fond des épisodes, et surtout c’est très « à trous » : je suis très surpris par exemple du nombre de fois où un épisode se termine sur une situation en suspend, qui peut certes faire sens symboliquement, mais qui ne résout pas la péripétie au niveau du personnage. Aujourd’hui je voyais par exemple un épisode se terminant à l’hôpital avec un des personnages qui va accoucher et ça se passe mal : elle saigne, les infirmiers paniquent, quelque chose cloche. L’épisode d’après, au milieu des premières minutes, on a juste une petite scène de discussion avec elle et un autre personnage : elle a son bébé depuis quatre semaine, elle le promène. Aucune explication, ni comblage de ce vide scénaristique. Du coup, même si la caractérisation des persos ou leurs aventures perso sont très plates et à gros traits, très convenues (très adaptée à une diff TF1 !), ce pointillisme narratif leur redonne un peu d’étrangeté.

    Bref, tu me donnes en tout cas envie de voir la série d’origine !

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