« Parking » – Chung Mong-hong

parking

Premier film de fiction de Chung Mong-hong, “Parking” est le type de découverte qui fait plaisir, malgré les nombreux problèmes à relever. Le réalisateur nous plonge dans une ambiance de polar urbain qu’il est intéressant de voir confrontée au contexte taïwanais, assez peu montré en France. Ce qu’on retirera de cet exemple, c’est que jamais le film ne parvient à s’installer définitivement dans le genre, malgré des figures de gangstérisme qui pourrait évoquer de nombreux films de Hong-Kong voir même Scorsese. “Parking” préfère extrapoler au milieu de ce décorum sur des petits évènements anodins qui s’empilent, dans une vision de cauchemar : gâteaux de fête des mère détruit, voiture garée en double file qui empêche de redémarrer, une tête de poisson à tremper encombrant le lavabo de toilettes minuscules… Et pour autant, il serait difficile de n’en faire qu’un ersatz d’After Hours.

Ces obstacles permettent en effet des rencontres de diverses natures, et de remonter à des fragments de vie appartenant aux personnages croisés, le tout sans systématisme (il est très difficile de prévoir l’arrivée de flash-back et ellipses). “Parking” ne se prive pas par ailleurs de faire alterner, à la violence et au défilé de stéréotypes, des dérives mélodramatiques ou burlesques multiples, évoquant immigration, esclavage humain et peine de mort sans pesanteur. Cette construction est sans doute parfois maladroite, le symbole final du mille-pattes reste un peu démonstratif (même si l’image est marquante), mais Chung Mong-hong parvient mine de rien à détruire tous les petits automatismes souvent inhérents au sous-genre du “film choral”.

Les destins présentés sont inégalement intéressants ou touchants, mais l’effort d’une narration riche, ne débouchant pas sur une finalité facile, est à saluer. Pas d’”effet papillon” ou d’impasse rigide, ni de déconstruction, juste une recherche de complexité permanente. Le réalisateur vient du documentaire : ceci éclairera peut-être quelques choix, comme cette association étrange  entre sur-stylisation des éclairages sur de nombreuses compositions, et plusieurs segments ou brefs instants saisis comme à l’arrachée, sans que zooms ou caméras portées ne paraissent de simples artefacts.

“Parking” n’est stable nulle-part, agacera peut-être dans le sentiment de fugacité sur lequel il nous laisse finalement, mais c’est un petit film qui captive et ne cherche pas à être écrasant. Et en anti-héros, Chang Chen est une fois de plus excellent.

Premier film regardé sur la plateforme de VOD MUBI, qui risque donc d’alimenter ce bloc-notes.

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