« The Terrorizers » – Edward Yang

terrorizers

Il est intéressant de découvrir The Terrorizers peu après Parking : presque 20 années les séparent, mais les deux films illustrent, via le faux polar, une plongée du type kaléidoscopique pour saisir une vue d’ensemble de Taipei, ce que le cinéaste retrouvera avec une dimension d’apparence plus linéaire dans YiYi… Au contraire du brouillon enivrant du film de Chung Mong-hong , la mise en scène d’Edward Yang s’avère d’une précision redoutable : il est difficile de rester une minute entière sans admirer béatement  la perfection en matière de récit éclaté et le scalpel des compositions. La mise en relation de ce film de 1986 avec Le jour où le cochon est tombé dans le puits de Hong Sang-soo, autre film en vue d’ensemble se situant dix ans plus tard à Séoul, est également intéressante: le cinéma de Taiwan et les débuts du maître coréen ont clairement beaucoup à se dire. The Terrorizers claque tout simplement à la figure dans toute sa dimension urbaine, et si tant est que l’on s’intéresse un minimum à ce que le cinéma fait de cet espace, c’est une œuvre qui a de quoi nourrir à satiété pendant près de deux heures.

Reste qu’in-fine, le rapport entre réalité et fiction, au centre (artificiel) du film, sensé se vivre en direct pour le spectateur, parait un peu trop entendu et mécanique une fois que l’on débouche sur le dernier tiers. La dernière dérive finale que s’autorise le cinéaste, plus que nous laisser en suspension ou nous perdre, s’avère trop froide dans son exécution, et ne suffit pas au film à éviter le piège “automate” dans lequel il s’est laissé un peu trop entraîner. Antonioni, notamment, plane sans doute encore un peu trop comme un fantôme. Dommage pour les deux beaux personnages féminins principaux : la pauvreté de la finalité atténue tout ce que ces deux héroïnes en miroir avaient de fascinantes. Et dévitalise les quelques éléments poétiques qui ont un fort impact, à l’instar de ces mise en transparences de  balcons à distance, comme deux ouvertures (ou fermetures) sur le même monde.

Petite déception tout de même… Edward Yang en étant resté pour moi à « Mr YiYi », avec toujours cette idée que ce serait le bonheur de découvrir un jour un autre de ses films, peu diffusés jusqu’ici. J’attendrais le prochain. Là j’en sors en me disant que de ce que j’ai vu ce n’est sans doute pas ce que le cinéma taïwanais a de mieux à offrir dans ces années 80, quand bien même la « maîtrise » est incontestable.

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