“An” – Naomi Kawase

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Haut et Court n’a pas fait dans la subtilité avec l’affiche et le titre français de An… Tant pis pour la vulgarité du marketing, et tant mieux si les salles sont  peuplées pourra-t-on dire. Dans tous les cas le nouveau film de Naomi Kawase se présente clairement comme un cap nouveau pour son travail. Au pire, il restera un aboutissement dans sa filmographie.

J’ai beau défendre Still the Water sur bien des points, il faut avouer que ce cinéma finissait par atteindre aussi un certain épuisement. Dès la première scène de montée d’escaliers dans An, outre l’influence du changement de décor, il transparaît une approche plus apaisée pour capter la détresse urbaine, et cette fatigue propre au travail contraint exécuté sans saveur…  Le précédent film, lui, était d’entrée de jeu glacial et morbide, et paradoxalement d’une vitalité impatiente et parfois brouillonne, comme ses deux héros adolescents. Il n’y avait pas de distance.

On peut voir dans ce nouveau film une confrontation nouvelle à la grande ville, comme à une forme de mélodrame du quotidien nettement plus classique, où le cadre ne paraît pas initialement avoir une emprise essentielle. Pourtant, avec ces points de départ, Naomi Kawase ne trouve pas seulement un équilibre certain, elle acquiert aussi une nouvelle respiration à sa démarche. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle abandonne en chemin sa quête d’attention pour la nature, cet attrait pour sa capacité de dépassement.

Au feel good movie culinaire intergénérationnel promis, on glisse doucement vers l’exploration d’une forme d’exclusion sociale et même « physique » conservée au Japon depuis l’après-guerre, et finalement encore dissimulée à l’écran aujourd’hui, quand bien même ce cinéma aura réservé une large place à nombre de bannis dans son histoire.  Avec l’idée de figurer le ghetto de la maladie comme une frontière verdoyante et une bulle hors de temps, Kawase retrouve presque “par surprise” cet espace non atteint par une certaine forme de civilisation qui pouvait devenir stéréotypé. Le corps atteint des “indigents” se confronte de même à une forme de surnaturel, de sagesse, et aux possibles évasions permises par la prison « de vert ».

Outre la dimension sociale, différentes formes de geôles intérieures et de rapport à l’extériorisation sont une nouvelle fois explorés dans An, passé l’attention première portée aux gestes et à l’activité. Il y une forme de récit simple centré sur la (re)création et l’observation en douceur de rapports familiaux (là où Still the Water se confrontait viscéralement à ces derniers) : des figures essentiellement relationnelles, qui semblent, initialement, dépouillées de toutes symboliques et transes animistes chères à la réalisatrice… Pourtant à y regarder de près, ces fameux haricots rouges nous paraissent bien vivants, jusqu’à ce que s’achève leur sacrifice sucré.

Tout du long de An, Kawase n’aura en réalité jamais abandonné sa caméra sensible et légère, son flottement permanent et son esthétique presque « translucide », qui s’accorde pleinement à ce nouveau cinéma numérique (qui hélas ne me séduira jamais complètement)… Quand bien même elle aura investi sereinement la rigueur du récit, et ce sera essayée à une assise nouvelle, c’est aussi pour nous guider vers un dernier tiers où forme et thématiques ne peuvent pas ne pas nous apparaître uniquement comme les siennes. La question du classicisme comme vecteur ne se pose même pas tant la démarche aura été finalement d’un naturel désarmant.

An est une expérience qui offre à sa réalisatrice une liberté renouvelée, alors que le film semblait devoir s’éloigner de ce qui faisait le charme le plus indicible de son cinéma : l’ambiguïté documentaire.

Elle aussi est toujours là.

aka あん Sweet Red Bean Paste

 

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