“La Pègre” – Im Kwon-taek

low-Life

J’ai été un peu déçu qu’il n’y ait pas de films plus anciens d’Im Kwon-taek dans la programmation sud-coréenne en focus du festival Travelling à Rennes cette année… Juste histoire de me faire regretter de ne pas en avoir vu plus d’un au Festival des 3 Continents.

Ceci étant, ce rattrapage de 2004 (film distribué en France) fut particulièrement plaisant. N’étant guère réceptif aux films de mafieux depuis un moment, j’ai été agréablement surpris de constater que ce qui intéresse le plus Im ici, c’est le parcours d’un petit caïd en permanence balloté par l’histoire du pays, tandis que ce dernier cherche à en tirer profit, en fuyant l’engagement. Le réalisateur démontre tout du long un usage immodéré des ellipses, refusant de s’installer dans la saga ,pour aller chercher du côté d’une succession de brefs épisodes agencés encore une fois comme une rêverie amorale. Le film n’oublie pas l’apport du film d’action et préfère l’ancrage de la baston de rue au film noir… Tout en proposant en parallèle un regard rétrospectif difficilement catégorisant sur tout un cinéma d’après-guerre.

Pas de nostalgie malgré les décors de studio utilisés au premier degrés, ni d’ironie trop appuyée en dépit d’une séquence de tournage de film qui règle ses comptes avec toute la censure et le système de production contrôlé dans les années 60. “La Pègre” a une forme plus intemporelle que classique tant l’espace-temps du film, plus de dix ans après sa réalisation, reste difficile à décrire. L’urgence permanente est traitée avec apaisement. Il faut dire que cette structure épisodique se démarque des pics attendus du “Rise and Fall”, tout en semblant suivre au départ ses clichés : il s’agirait presque pour Im Kwon-taek de mettre à l’épreuve une capacité d’adaptation à l’oppression politique, et de chercher son point limite, que ce soit pour la contrer ou opter pour le conformisme… On ne verra ainsi  concrètement jamais la “démocratie” advenir.

Le final et son carton étonnant, et l’apport de cette photographie lentement révélée au générique de fin, créent une belle émotion, nous laissent sur une œuvre maniant ligne claire et ambiguïté. Une belle preuve que même en regardant en face sa mémoire et le temps écoulé, ce cinéma qui a le goût du feuilleton et des genres multiples n’est pas condamné à la déconstruction ou au passéisme. Im Kwon-taek semble toujours chercher du côté de ce que le cinéma a d’inépuisable : c’est un cinéma qui donne à chaque fois le sentiment d’être habité par une grande confiance.

aka Low Life / 하류인생

pègre2

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