Notes rapides sur quelques films vus (Shin, Porumboiu, Jarmush, Ropert)

madonna

Madonna de Shin Su-won, vu en AP Travelling, devrait sortir en France cette année, il bénéficie en tout cas d’un distributeur français. C’est le premier film que je vois de cette réalisatrice et il représente un peu tout ce que je n’aime pas dans une partie du cinéma coréen “art et essai” : sa capacité à traiter de sujets sociaux provocants, sans nul doute “légitimes et nécessaires”, mais en se basant sur le même type de photographie léchée et publicitaire de bon nombre de films commerciaux. De fait, en dépit de ce dont le film “parle”, on sombre rapidement dans le mélodrame policier et symbolique ultra-cliché esthétiquement, ainsi que dans ses tenants et aboutissants (construction en flash-back et en miroir stéréotypée, rêve révélateur de l’héroïne en fil rouge, parcours doloriste et final libérateur…). Je n’aime pas beaucoup Im Sang-soo, mais même ce dernier me semble avoir plus de distance avec l’imagerie clinquante qu’il (ré)utilise. Pour prendre un film sud-coréen de femme qui se jouait aussi dans la relation entre deux héroïnes, l’imparfait A Girl at my door m’avait paru bien plus intéressant récemment.

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J’attendais pas mal Le Trésor de Corneliu Porumboiu (autre AP de Travelling), mais si le film reste agréable, je ne peux pas n’empêcher de penser que le réalisateur est pas mal en retrait depuis l’excellent Policier, Adjectif. La dimension de conte et la figure de la relation père/enfant respire un peu trop la note d’intention et peine à me toucher. Comme dans Métabolisme…, le cinémascope aux couleurs atténuées renforce les plans séquences, pour concocter un dispositif maîtrisé mais dont les coutures sont un peu trop voyantes. L’humour en particulier ne me parle pas beaucoup dans cet écrin plus sophistiqué, tombant assez facilement dans l’héritage Tati paresseux… La toute dernière scène est la plus intéressante, mais le cinéaste me semble s’enfermer dans une artificialité de motifs qui pourrait tendre à la pose. Malgré sa courte durée et son postulat minimal, c’est d’autant plus dommage.

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Avec le revival Bill Murray qui commençait à devenir un peu fatigant au sein du cinéma indépendant US de l’époque, j’avais eu la crainte de m’atteler au Broken Flowers de Jim Jarmush à sa sortie. Je n’ai pas forcément de regrets, car je ne suis pas sur que j’aurai apprécié autant le film en 2005 qu’aujourd’hui. Même si je n’aime pas vraiment le dernier plan tourniquet assez cliché, le film n’est finalement jamais prisonnier d’une fascination pour le vain. C’est au contraire un road-movie qui ne sombre jamais dans la collection de vignettes, creusant la solitude de ce vieux womanizer avec une surprenante douceur, mais aussi beaucoup de chaleur au travers du récit d’enquête imaginaire. On évite le dispositif pur grâce à la belle relation à l’écran entre les personnages de Murray et Jeffrey Wright, une petite amitié de proximité finalement plus touchante que cette quête du fils et l’exploration du devenir des anciennes conquêtes, la première partie restant de loin ma préféré (un film de voisinage à la Solondz, mais épuré en somme de toutes déviances). Centré sur ses personnages et sans sombrer dans la complaisance du thème de l’ennui, Broken Flowers offre un déroulé d’une belle évidence. Peut-être un grand film américain.

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Axelle Ropert n’est pas Jim Jarmush ni Noah Baumbach ou Wes Anderson. Heureusement (ou pas) sur plusieurs points, même si c’est une réalisatrice récente qui a finalement pas mal à voir avec ces cinéastes américains : le traitement des personnages ou la tentative d’un univers très légèrement sophistiqué sortant des canons du film français indépendant… La Famille Wolberg a confirmé pour moi les belles choses que j’avais découvertes dans Tirez la langue Mademoiselle, même si je garde une préférence pour ce second film, qui me semble plus abouti dans la mise en scène, plus à l’aise avec le 1:66 eighties qu’avec ce cinémascope. Mais encore une fois, on retrouve une manière assez unique de confronter une douleur diffuse qui peut-être intense (celle des égos) avec une extériorité fantaisiste qui peine à se déployer. Tout est dans le regret de l’univers construit qui s’effondre, même si c’est en douceur et toujours en conservant de beaux moments de lumière dans les couleurs pastel.  Au regard du parcours du personnage de François Damiens, il faut quand même rajouter qu’il est assez difficile de regarder ce film (notamment sa dernière séquence) sans être habité par la disparition récente de Valérie Benguigui.

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