“10 minutes” – Lee Yong-seung

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Premier long métrage de Lee Yong-seung, “10 minutes” est une œuvre pleine de promesses et l’un des films contemporains sud-coréens les plus réussis que j’ai vu depuis un moment, ma plus belle découverte lors du festival Travelling de Rennes. Pour creuser un dilemme social et moral faussement basique, le cinéaste laisse à deviner un ton aérien et une narration claire qui, peut-être, s’avèreront bien à lui, excluant nombre de clichés du thriller ou du film sociologique et naturaliste.

Le portrait est tout à la fois celui d’un jeune homme au stade de la perte de ses illusions, et celui d’une machine administrative absurde dévoilant progressivement sa logique. L’atonalité souriante laisse place à un cauchemar délicat, une vision du travail sans réel objet où se perd le fil des jours et des nuits, avec en prime l’apparition surprise d’un personnage féminin dont la beauté va s’avérer des plus délicieusement peste, bouleversant aussi à sa manière ce décorum en apparence tranquille.

La société décrite par le réalisateur ne s’en tient d’ailleurs qu’à seulement trois petites structures : une famille à l’agonie de son appartement trop cher de Gangnam, un groupe d’amis en déliquescence se cassant les dents sur un concours de “producteur” dans l’audiovisuel, et donc cet espace de l’administration au jeu subtil entre stagiaires et CDI (curiosité aussi pour le spectateur français de se pencher sur la fonction publique sud-coréenne). Tout autour, il règne une étrange ambiance en cinémascope, où les espaces urbains sont en permanence évidés, aussi déserts que les sentiers de randonnées sensés améliorer la cohésion de la nouvelle “petite famille” du bureau.

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Plusieurs échappées du personnage principal, comme cette fuite des bureaux vers une terrasse en extérieure, qui se réapproprie le plan-séquence de dos à la Dardenne, laissent clairement le spectateur en suspension à la frontière du monde réel, en même temps qu’elles emprisonnent le personnage ironiquement, là où elle débutaient sur un postulat de respiration. L’isolement et l’imposture, dissimulés derrière la façade d’une société ultra-hiérarchisée: c’est aussi un moyen pour Lee Yong-seung de nous intégrer à une temporalité de cinéma indistincte… jusqu’à ce que n’intervienne la très étonnante scène finale, explicitant le titre mais dont il vaut mieux ne rien savoir à l’avance (plus généralement: la bande annonce internationale est à fuir).

Difficile de catégoriser “10 minutes”, de l’enfermer dans la satire ciselée ou dans la fiction existentielle, et c’est clairement l’un de ses atouts. Le film est tour à tour élégant, angoissant ou drôle, sans que ne prédomine une émotion dominante. Il ne se laisse pas enfermer par la démonstrativité d’un simple piège, mais propose plutôt une subtile traversée du miroir, contemplant l’enlisement dans les compromissions du quotidien… sous toutes leurs formes.

aka 10분 – 2013

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