Notes rapides sur quelques films vus (Kaufman/Johnson, Miike, King Hu)

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Difficile de ne pas être quelque-part un peu déçu par Anomalisa, au regard de ce qu’il fait in-fine de son univers angoissant et de son récit existentiel. C’est un peu la fragilité du film de Kaufman et Johnson. D’un côté c’est une réussite technique majeure, un écrin parfait pour un trio de voix qu’on est particulièrement heureux de retrouver, et surtout une œuvre qui possède en son cœur une longue scène dont le rendu de l’intimité restera mémorable. D’un autre côté, le principal problème est peut-être scénaristique et dans l’amour des concepts, surtout quand Kaufman ne peut s’empêcher d’expliciter par la voie d’une séquence de cauchemar sa réalité inquiétante, dépassant l’allégorie suggestive. Il s’en dégage que le premier film suivi jusqu’ici est quelque peu gâché au niveau de sa résolution et dans ses mystères, tandis que le second, au fort potentiel, est immédiatement avorté. Il y a une névrose du gâchis et de la peau de chagrin dans ce film certes, mais jusque-là… une découverte indispensable de ce début d’année 2016 néanmoins, de par les recoins et les limites qu’il va explorer.

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Sukiyaki Western Django, “prequel” gag au Django de Corbucci ne sera pas le film qui me permettra le soudain emballement autour de Takashi Miike. Les tentatives de décalages poétiques et narratifs sont nombreux, dans un univers mixte entre Japon, Amérique et Europe, où les cartons nippons et  l’anglais approximatif ont au moins le mérite de tenter une instabilité originale. On peut aussi apprécier la farce qui faisant valser quelques représentations viriles du genre. Ramener le spaghetti à une source théâtrale autant que BD et Nouvelle Vague japonaise, pourquoi pas? Mais le film se contente souvent de recycler des archétypes fades quand il peine à les retourner, sombrant dans le cabotinage. Il gâche la plupart de ses potentiels beaux moments pour de l’iconographie simplement sans inspiration, même quand cette dernière cherche à travailler la violence frontalement (”Sakayaki” reste néanmoins une œuvre assez mainstream à ce niveau). Comme souvent avec le réalisateur, on se coltine une arythmie parfois épouvante, même si paradoxalement elle peut fasciner par moments, dans un laisser aller et une mollesse brisant temps et espace. Reste la belle scène de danse au cœur du film… et une cover de Luis Bacalov qui réveille bien au générique de fin.

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La richesse et la finesse du déploiement narratif d’ A touch of Zen est peut-être plus impressionnant encore que ses faux-airs de “2001” du Wu xia pan: un film monde qui en même temps se révèle en permanence fuyant, ses décadrages réguliers et ses mouvements de caméras allant dans le sens de ne jamais laisser à l’écran s’installer un univers stable ou figé, alors qu’un temps essentiel est consacré à la description très précise de son environnement. L’une des réussites du film de King Hu étant qu’il ne fait pas de la fascination pour le faux semblant, ou pour l’abstraction, un dispositif confortable au fin de transcender son genre, même s’il explore pleinement dans son acte 2 le simulacre (avec cette séquence hallucinante du décor de bataille fantoche révélé au petit matin), ainsi que des données plus spirituelles et métaphysiques dans son acte 3 (le film laisse le spectateur sur un mouvement de dissolution presque physique)… La longue première partie, tout particulièrement exemplaire dans l’installation des personnages, dans sa manière de faire bouillir un décor d’apparence limité, reste cependant celle que je préfère. Film passionnant et restauration splendide.

 

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