“Suite Armoricaine” – Pascale Breton

suite armoricaine

Je n’avais plus vu je crois depuis Les Beaux Gosses de long métrage se déroulant à Rennes, et ne parlons pas d’un long de fiction où Rennes est clairement l’un des sujets : en ce sens Suite Armoricaine était une curiosité. Tourné pour l’essentiel à la fac de Villejean et sur la dalle Kennedy, le film s’attarde essentiellement sur la périphérie et quelques endroits symboliques (pour ne pas dire assez attendus) : les tours des horizons, les prairies St martin, un hôtel de ville illuminé, le musée des beaux-arts…  Il vaut mieux sortir du pur intérêt géographique ou de la ville à l’écran, puisque pour coller aux basques des peintures peuplant l’œuvre, l’intérêt pictural prévaut, jusque dans une séquence de rêve plutôt ratée mais qui vaut d’avoir été tentée. Dans la même logique, l’espace verdoyant du campus apparaît clairement comme un ilot en dehors du monde, verdoyant.

Au-delà de ces considérations, ces parcours croisés (et amnésiques)  d’une professeure d’histoire de l’art et d’un mystérieux étudiant en géographie souffrent d’un projet d’écriture que je trouve un peu artificiel. Bien que signé par une scénariste réputée, notamment à la télévision, le parcours d’ensemble me semble forcé, malgré l’intéressante technique narrative consistant à revenir à rebours dans le récit, pour croiser les points de vue des deux héros. Cela fait parfois penser à un autre film de campus d’ailleurs : Les lois de l’attraction. Est-ce que Pascale Breton avait en tête Bret Easton Ellis et Roger Avary, ou pur hasard dicté par l’espace traité?

Le film souffre peut-être trop également d’une nostalgie un peu archétypale pour la scène nocturne rennaise des années 80 : les séquences de retrouvailles entre les divers amis de soirées, aux parcours bien différent, s’avèrent notamment plus théoriques qu’émouvantes, à l’exception, d’une scène de bar très belle. Les images d’archives et les photographies ne suffisent pas à insuffler de l’onirisme ou à redonner vie à un monde du passé plutôt démonstratif à l’écran… La culture bretonne, et la langue bretonne, plus qu’une sous-couche ou un arrière-plan se révélant à la surface de la toile,  paraissent plaqués trop mécaniquement dans le récit pour lui donner âme et magie. Dommage car la réalisatrice semble avoir voulu en faire un cœur secret dans son ouvrage..

Plusieurs figures romantiques habitent le film, que ce soit les destins déchus de reines de la night au jeune couple formé par le marginal paumé et l’étudiante aveugle. Ce n’est pas vraiment non plus grâce à cela que Suite Armoricaine convainc ou émeut, même si les scènes entre les deux jeunes amants sont belles, notamment celle des retrouvailles… C’est plutôt étrangement quand le film reste intégralement en intérieur qu’il est le plus magnétique, dans de très belles scènes de cours d’histoire de l’art en amphithéâtre, et au travers de longs moments en bibliothèque, notamment ces passages figurant l’errance et le squattage nocturne du jeune Ion. Même les simples séquences en appartement où l’héroïne, Françoise, expérimente sa « solitude », captivent plus facilement que le reste.

Malgré tous les problèmes évoqués, les 2h28 de Suite Armoricaine filent à vive allure, grâce à une construction épisodique bien aérée. Avant tout, le film a le grand mérite de mettre en avant Valérie Dréville, une comédienne absolument formidable qu’on ne voit pas assez au cinéma. Allant très peu au théâtre, le film fut donc en premier lieu une occasion d’admirer son talent.

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