« Promised Land » – Gus Van Sant

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J’évoquais la semaine dernière avec Midnight Special ce sentiment d’être actuellement spectateur d’une certaine crise du cinéma hollywoodien classique … Promised Land, sorti en 2013, n’échappe pas à ce constat, même si sa situation est quelque peu différente, et que la déception occasionnée reste moindre. Si comme son aîné Van Sant, Jeff Nichols est également issu du cinéma indépendant, le réalisateur de My Private Idaho et Gerry conserve un rapport plus lointain à la grande veine hollywoodienne, revisitée à de certaines occasions seulement. Son remake de Psychose mis à part, le genre est mis de côté, et les thématiques principalement sociales demeurent constantes. Surtout le metteur en scène paraît toujours aborder ces œuvres se référant au cinéma de studio avec humilité, comme si sa position n’était en rien de les révolutionner. Même si je n’ai toujours pas vu Harvey Milk, le diptyque complémentaire Good Will Hunting et surtout Finding Forrester restent de bons exemples de ce cinéma classique qui a pu être revitalisé par un metteur en scène de « la marge ». Gus Van Sant y évoque tour à tour Sidney Lumet ou Alfred Hitchcock sans jamais se trahir, assurant la continuité des figures imposées avec fluidité, et une grande aisance dans la variations des tons voir des styles.

Promised Land était un projet « prometteur » : il scelle les retrouvailles avec Matt Damon scénariste et acteur, et son thème environnemental, même en restant dans l’optique du conflit entre rupture individuelle et fidélité à l’idéal social, pouvait permettre au metteur en scène de se confronter à un certain rapport à l’espace et à la ruralité, évitant la redite. Pourquoi ne pas s’attendre au mixe parfait entre Good Will Hunting et Gerry ? Malheureusement, la rencontre est cette fois quelque peu manquée entre les scénaristes/acteurs (Damon est cette fois accompagné de John Krasinski) et le metteur en scène.

On pourra d’abord mettre ce constat sur le dos des premiers. Le récit, installé au départ avec douceur, un certain doigté, promettait pourtant de revisiter cette grande figure hollywoodienne et morale de « l’honnête homme ». On s’amuse aussi de la confrontation des deux auteurs/acteurs directement à l’écran (le héros à la fois malin et trop naïf, arrachant les contrats de forage de gaz de schiste par intérêt authentique envers les populations, et son double, militant séducteur/blagueur d’emblée (trop) louche) …La figure de Damon s’embourbant progressivement dans sa mission permet même, il faut l’avouer, un certain entrain comique.

Mais les scénaristes s’embourbent dans un faux semblant lorudingue sans doute mal venu dans cette histoire déjà schizophrène : l’énorme rebondissement ramenant ce récit à un vaste jeu de marionnette, s’il a beau s’en prendre (grossièrement) à la fiction capitaliste, dévalorise aussi une certaine figure de l’action militante voir même la prise de conscience morale qui ne se joue presque plus qu’en réaction au mensonge d’une culture et fiction d’entreprise qui aura trompé. La dimension écologique n’est ainsi plus qu’un terrain de jeu passant en second plan, et c’est forcément dommage… . Le film a clairement une certaine méfiance vis-à-vis de tout cela, mettant au final sous le tapis certaines questions, se raccrochant en premier lieu à un humanisme et à une certaine americana de gauche.

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Van Sant paraît lui aussi un peu à la peine. On sent qu’il cherche à se raccrocher au rythme de ce jeu de dupe, à conquête de l’estime de la part de la communauté, plus qu’à la conquête de convictions. Mais là encore le rapport artificiel au sujet interrogeant l’espace se ressent. La vision de ces paysages, de la petite commune US avec sa salle des fêtes et son bistrot, paraît souvent emprisonnée dans une certaine naïveté illustrative, même si on sent bien que le réalisateur aimerait revisiter ces tableaux avec un discret onirisme, à la façon d’Une histoire vraie de Lynch par exemple, et quelques touches plus impressionnistes. Certaines compositions bucoliques et routes traversées en vue d’ensemble paraissent cependant trop conventionnelles, répétitives. Il y a des facilités dans les montages musicaux, qui pose aussi la question d’un certain manque d’aspérité, un manque d’inspiration assez criant : voir ainsi ces effets de ralentis et d’accélérations très anodins, cherchant comme à raccrocher le film au versant plus indé de la filmo réalisateur avec maladresse cette fois. L’idée, c’est Van Sant manque un gros sujet en arrière plan qui hélas reste fondamental, hésitant sur le traitement et le public à viser. C’était aussi arrivé à sa manière à un Richard Linklater avec son Fast-Food Nation.

On saluera quand même la capacité du cinéaste à installer un tempo, à mettre en scène ses dialogues avec fluidité. En dépit de la faiblesse parfois des personnages secondaires, il fait vivre de manière intéressante des personnages un peu ingrats au scénario. Pas celui de Rosanna De Witt certes, particulièrement potiche, mais Frances McDormand et Hal Holbrook sont bien servis… Il y a une grande sérénité à mener le récit qui fait plaisir. On peut se demander toutefois si un Steven Soderbergh, autre ami de Damon, n’aurait pas été été plus retors et approprié pour mettre en scène ce scénario au coeur problématique, ses contradictions… Il faut d’ailleurs bien le rappeler : ce film qui s’attaque à la question de l’autonomie énergétique américaine dans sa conquête du Gaz de Schiste sur son territoire, est en partie produit en partie par Image Nation, filiale d’Abou Dhabi Media…  Le pétrole des émirats donc.

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